POURQUOI RAMATUELLE NE COURRA PAS SAMEDI
Par Adeline Gombaud
ag@jourdegalop.com
Ce qui devait être une fête s’est transformé en cauchemar pour l’entourage de Ramatuelle (Justify). Jeudi, les vétérinaires officiant dans le cadre de la Breeders’ Cup ont décidé que la pouliche entraînée par Christopher Head ne prendrait pas part au Mile. Ils ont estimé qu’elle n’était pas « carrée » (boiterie 2/5) et que les résultats du PET Scan indiquaient un remodelage osseux. Cette technique d’imagerie médicale permet de monitorer très finement l’activité métabolique des tissus, et notamment des tissus osseux, contrairement à une simple radiographie ou même une scintigraphie. Elle peut donc avoir une valeur prédictive de la survenue d’accidents comme les fractures. C’est cet examen qui a également écarté Jan Brueghel de la Melbourne Cup plus tôt dans la semaine.
Le remaniement osseux, un processus naturel
Tout au long de la vie, mais particulièrement chez l’animal jeune, le tissu osseux se renouvelle. C’est ce que l’on appelle le remaniement ou le remodelage osseux. Ce renouvellement se fait en deux phases : une première phase de destruction de l’ancien os abîmé et une seconde phase de construction pour remplacer l’os détruit. Les contraintes mécaniques qui s’exercent sur le squelette du cheval lors du travail notamment peuvent entraîner une inflammation de l’os au niveau des articulations. La réaction à cette inflammation est l’augmentation du remaniement osseux qui peut entraîner une douleur, voire une déformation de la surface articulaire. Dans le cas de Ramatuelle, selon le communiqué de presse publié par Arthur Hoyeau, les résultats du PET Scan n’alertent pas sur un risque augmenté de fractures, mais indiquent des signes de remodelage osseux.
Christopher Head a réagi : « Ramatuelle est arrivée sur site en bonne forme. Elle était très bien à l’entraînement et avait bon appétit. C’est évidemment une grande déception et un choc pour nous. Mais ce qui compte, c’est la pouliche, et elle est en parfaite santé. Il y aura d’autres Breeders’ Cup pour l’écurie. » Ramatuelle doit passer en vente lundi : son entourage décidera d’ici 24 heures de la prochaine étape pour elle.
Tolérance zéro
Là où l’on peut voir une certaine hypocrisie du système de la Breeders’ Cup, c’est une tolérance zéro, même pour des signes mineurs d’inflammation sans risque accru de fracture, sachant que les chevaux européens, beaucoup moins traités que les américains, sont par définition plus sujets au processus d’inflammation.
D’un autre côté, on ne peut pas leur reprocher d’avoir fait évoluer leurs règles à compter de 2019 et du dernier accident fatal survenu lors d’une course de la Breeders’ Cup, celui de Mongolian Groom dans le Classic. La Horseracing Integrity and Safety Authority a été créée suite à ce drame diffusé en direct à la télévision américaine, et qui a évidemment écorné un peu plus l’image des courses dans le pays.
Désormais, les concurrents de la Breeders’ Cup doivent suivre un protocole vétérinaire extrêmement strict qui débute un mois avant la course, et que vous pouvez consulter en cliquant ici.
En résumé, le document indique que les partants doivent subir :
– Des examens vétérinaires avant le voyage, avec transmission du dossier médical du cheval, et d’éventuelles demandes d’imagerie supplémentaires ;
– Un contrôle quotidien une fois arrivé sur site. Les chevaux sont observés au trot à la fois au niveau du barn (en main et sur une surface plane), mais aussi en piste, montés cette fois. Des vidéos sont faites et les vétérinaires se concertent pour identifier les chevaux « douteux », demandant des examens plus approfondis.