LE TOUR DES HARAS
L’ÉQUILIBRE DES MONCEAUX
Depuis 2013, l’écurie des Monceaux a toujours été sacrée top-vendeur de la vente de yearlings d’août Arqana. L’an passé, la structure dirigée par Henri Bozo a vendu 34 des 38 lots qu’elle présentait, pour un C.A. de 15.590.000 €, soit 27,6 % du total de la vente ! Le prix moyen des yearlings estampillés Monceaux s’est fixé à 458.529 € (seul le Gestüt Ammerland a fait plus fort à 490.000 €, mais avec un extrêmement resserré de deux lots). Des chiffres aux ventes portés par une réussite exceptionnelle en piste.
L’année 2023 a été celle des Monceaux, avec les gagnants de Gr1 Paddington (Siyouni), Feed the Flame (RS) (Kingman) ou encore Ancient Wisdom (Dubawi), mais également les lauréats de Groupe Vespertillio (Night of Thunder), gagnante des Debutante Stakes (Gr2) puis deuxième des Moyglare Stud Stakes (Gr1) et, cette année, proche troisième de la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), Shin Emperor (Siyouni), lauréat de Gr3 au Japon à 2ans, deuxième des Hopeful Stakes (Gr1, 2ans, 2.000m) à la fin de l’année 2023 et candidat à l’Arc cette année, Beauvatier (RS) (Lope de Vega), l’un des meilleurs 2ans français en 2023 et, en 2024, troisième du Jean Prat et du Maurice de Gheest (Grs1)… Ajoutons, cette année, Dare to Dream (Camelot), gagnante du Prix Vanteaux (Gr3) et cinquième du Diane (Gr1), Arabian Crown (Dubawi), qui était considéré comme la première chance de Godolphin dans le Derby d’Epsom après avoir survolé le Classic Trial (Gr3), mais qui a dû faire l’impasse sur le Gr1 après un petit souci. Forcément, nous sommes curieux… Quels sont donc les secrets des « yearlings Monceaux » ?
Un processus naturel
Henri Bozo explique : « La sélection entre les yearlings d’août et d’octobre se fait à la fois sur les pedigrees, les dates de naissance et donc la maturité des poulains. En réalité, c’est assez flagrant et il n’y a pas beaucoup de poulains sur lesquels nous nous posons des questions au moment de la sélection. Ceci étant dit, cela ne me dérange pas de présenter en août un poulain avec du potentiel, même s’il est né en mai. Les acheteurs savent faire la part des choses. »
L’écurie des Monceaux ne fait pas de consignment juste pour les ventes. Les équipes ont donc vu évoluer les poulains depuis leur naissance : « Tous sont élevés ici depuis le début. Les yearlings d’août sont amenés dans la cour principale au début du mois de juin et, progressivement, commencent le travail. Nous les laissons dehors au maximum : ils passent la nuit dehors et rentrent le matin. Les mâles sont seuls et les pouliches par groupe de six. » Pas de tentation de « papier bulle » avec des yearlings aux origines souvent prestigieuses ? « Non. Les risques, à l’élevage, existent depuis le poulinage. Il faut laisser les chevaux s’épanouir, se stimuler. Les garder au maximum dehors, en environnement naturel, est bon pour leur moral. Il est toujours important, avec les yearlings, d’avoir le bon équilibre entre le physique et le mental, ce qui permet d’avoir des chevaux les plus détendus possible. Ce qui compte est d’élever des chevaux de course ! Et, pour cela, il faut le faire de la façon la plus naturelle possible. »
Côté préparation
La philosophie des Monceaux est simple : avoir des yearlings bien dans leurs sabots. Les ventes sont un exercice particulier pour ces tout jeunes éléments. Mentalement, cela passe donc par le fait de les laisser être des poulains et vivre au maximum en plein air. Physiquement, il faut bien entendu être dans sa robe ou son costume de marié(e) et être prêt à soutenir le vrai effort que sont les ventes. « Les yearlings travaillent aux longues rênes et à la longe, au cas par cas. Ils peuvent aller au marcheur mais nous préférons la marche en main. C’est plus naturel, facile pour eux… Cela l’est moins pour les hommes et les femmes, c’est vrai, mais ils sont ensuite beaux pour aller à la plage ! Le principe est simple : rester le plus naturel possible et trouver l’équilibre. Il ne faut pas oublier que les ventes sont un vrai exercice physique pour les yearlings. Il y a tout un apprentissage à faire, celui de savoir se présenter et nous faisons des exercices à la maison pour cela. C’est aussi un apprentissage pour une partie des membres de l’équipe participant aux ventes et c’est passionnant. Nous avons bien entendu notre équipe de base mais beaucoup de jeunes personnes viennent au haras pour ce moment et il nous faut les former. Eux aussi doivent aussi apprendre à se présenter et à évoluer. »
Y a-t-il une particularité des yearlings Monceaux ? « J’aime bien présenter des yearlings qui ne sont pas trop lourds, pas trop enrobés. C’est quelque chose que j’entends parfois des acheteurs. Les chevaux ne sont pas faits pour être trop lourds et j’aime, quand ils arrivent à l’entraînement, les voir progresser et évoluer. »
DU TAC AU TAC, AVEC HENRI BOZO
Quelle est la chose la plus importante dans la préparation des yearlings ?
L’équilibre, physique et mental.
Votre plus grand moment aux ventes ?
Je n’en ai pas un en particulier. Je dirais le moment où l’on partage les bonnes ventes avec l’équipe et les clients, où l’on va boire un verre et se réjouir ensemble.
Votre plus grande déception aux ventes ?
Il y a en a tous les ans ! Il y a quelque chose d’irrationnel. Parfois, alors que nous nous attendons à une très bonne vente, on se retrouve sur le bord du ring avec des enchères qui ne viennent pas… Et, au contraire, on peut aussi avoir de bonnes surprises avec certains yearlings. Les surprises arrivent dans les deux sens. C’est un côté irrationnel qui est amusant et qui fait partie des ventes.
Le défaut pour lequel vous avez le plus d’indulgence chez un homme/cheval ?
Chez un homme, le mauvais caractère… Parce qu’il va souvent de pair avec du caractère et de la motivation. Chez un cheval, des défauts radio. D’expérience, cela peut être compensé.
Quel est le livre que vous recommanderiez au plus grand nombre ?
Les Derniers Jours de nos Pères, de Joël Dicker. Un livre magnifique, très émouvant, et qui montre que des personnes très différentes peuvent réussir ensemble à partir du moment où il y a un projet commun.
Quelle est votre définition du luxe ?
La liberté.
Quel est l’enseignement le plus précieux que le cheval vous ait appris ?
J’ai compris quelque chose que les Normands disent : « Il n’y a pas de malin ! » Il ne faut pas se croire fort ou nul, et toujours rester mesuré.
À quel endroit vous sentez-vous à votre place ?
Je ne vais pas être original, mais pour faire ce métier-là , c’est évidemment au haras, entouré de ses équipes, ou dans les paddocks. Sinon, dans les montagnes.
LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT
Lot | Sexe | Père | Mère |
2 | F | WOOTTON BASSETT | TACITLY |
12 | F | SIYOUNI | TO ETERNITY |
36 | M | WOOTTON BASSETT | ZARGOS |
42 | M | SIYOUNI | ADHAFERA |
51 | F | STARSPANGLEDBANNER | AMALNA |
56 | M | FRANKEL | ANGEL FALLS |
63 | F | DUBAWI | AVIATRESS |
76 | M | WOOTTON BASSETT | BOUFFANT |
85 | F | SIYOUNI | C’EST ÇA |
87 | F | SIYOUNI | CALCULATRICE |
106 | M | FRANKEL | DEFT |
112 | F | SOTTSASS | DUBAI ROSE |
121 | M | NIGHT OF THUNDER | ENCHANTING SKIES |
131 | F | SIYOUNI | FLAUNT |
142 | M | WOOTTON BASSETT | GOLDEN BOX |
144 | M | DUBAWI | GOLDEN VALENTINE |
155 | F | AUSTRALIA | HIDDEN ANGEL |
161 | M | NEW BAY | HOLY ROMAN EMPRESS |
162 | F | SIYOUNI | HOURGLASS |
178 | F | ST MARK’S BASILICA | KNYAZHNA |
192 | M | NEW BAY | LADY LIGHT |
210 | F | SIYOUNI | MANERBE |
212 | F | ZARAK | MARKETEER |
215 | F | DARK ANGEL | MELODIC CHARM |
223 | F | WOOTTON BASSETT | MISS CHESS |
233 | M | DUBAWI | MULAN |
249 | F | NIGHT OF THUNDER | PAIX |
251 | F | DUBAWI | PALMYRE |
263 | F | SIYOUNI | POLLARA |
270 | F | ST MARK’S BASILICA | PRUDENZIA |
271 | M | SIYOUNI | SPARA |
285 | F | SIYOUNI | RIGHT HAND |
292 | F | ST MARK’S BASILICA | SAILOR MOON |
296 | F | PALACE PIER | SCONE |
298 | M | FRANKEL | SECRÈTE |
305 | F | WOOTTON BASSETT | SILVA |
306 | M | TOO DARN HOT | SIMPLE VERSE |
309 | F | JUSTIFY | SLADINA |