LE TOUR DES HARAS – VENTE D’AOÛT
COULONCES BIEN ARMÉ
Avec 24 lots, Coulonces est l’un des principaux vendeurs de la vente d’août. La qualité est bien là aussi. Et Anna Sundström, avec l’enthousiasme qu’on lui connaît, aborde l’édition 2024 de manière ambitieuse.
Dans la mythologie grecque, les amazones sont une société matriarcale tantôt située en Anatolie, tantôt du côté de l’Ukraine. Dans le monde de l’élevage des galopeurs, il existe une entité conquérante (quasiment) 100 % féminine. Mais elle se trouve en Normandie et se nomme Coulonces… Anna Sundström galope de vente en vente avec le soutien de ses filles, Moa et Lillie, sans oublier Charlotte Hutchinson. Ce quatuor féminin parle à peu près toutes les langues et a réussi à faire les « gros titres » au fil des années en partant d’une feuille blanche. Le premier « bon », Le Havre (Noverre), est passé sur le ring d’Arqana il y a moins de 20 ans. Le temps passe très vite. Avant la vente d’août, Deauville fourmille de bruits et de rumeurs, chacun essayant de lire dans le marc de café – ou plutôt dans les réservations d’hôtel ou de billets d’avion – pour faire baisser la pression avant ce moment si important pour l’économie de l’élevage français. Ce week-end, on pouvait entendre sur l’hippodrome de Deauville : « Coulonces a vraiment un super lot de yearlings. » À l’heure où nous écrivons ces lignes, la vente est loin d’avoir commencé et les acheteurs n’ont pas encore posé leurs valises sur la côte normande. Mais l’oracle – ou plutôt la rumeur – a le mérite d’être positif !
Un pedigree impressionnant
Parmi les lots qui attirent l’Å“il, il faut bien sûr citer le 250. C’est l’un des six mâles par Frankel (Galileo) de la vente. Issu de l’un des tout meilleurs élevages allemands – le Gestüt Etzean –, il a été acheté foal à Deauville, en décembre, par des clients de Coulonces. La mère, Palmas (Lord of England), a gagné sur le mile en débutant, et pour sa troisième sortie seulement, elle s’est imposée de six longueurs dans le Preis der Diana (Gr1). La deuxième mère, Peace Time (Surumu), placée de Listed sur le mile, est une jument de base d’Etzean. Elle est à l’origine – en première, deuxième ou troisième génération – de 16 black types et notamment de Pao Alto (Intello), lauréat du Prix La Force (Gr3), ou encore de Peace in Motion (Hat Trick), deuxième des 2.000 Guinées allemandes (Gr2). Anna Sundström réagit : « C’est un super poulain. Pour nous, avoir un tel yearling, avec un tel pedigree… c’est vraiment le rêve. La cerise sur le gâteau ! Je ne serai jamais assez reconnaissante de la fidélité de James et Erika Gilliar. Cela fait très longtemps que nous travaillons ensemble. Ce yearling a été élevé au Gestüt Etzean, un haras assez incroyable. Le foal était superbe en arrivant des ventes, au mois de décembre. Cette semaine, on va beaucoup parler d’argent et d’investissements. Mais la finalité, ce sont les courses. Et ce poulain vient d’un endroit où la terre est bonne et le personnel compétent. »
Territories est en forme
Le lot 202 est issu de Territories (Invincible Spirit), lequel vient de donner son troisième gagnant de Gr1 avec l’impressionnant (et invaincu) Lazzat. Ce gagnant du Prix Maurice de Gheest est issu d’une mère par Australia (Galileo) et Territories a déjà donné six black types avec des juments de la lignée mâle de Galileo (Sadler’s Wells). Or Galileo est le père de mère de ce lot 202. C’est par ailleurs le frère du bon 2ans Crypto Force (Time Test), gagnant des Beresford Stakes (Gr2). Anna Sundström explique : « C’est un vrai beau poulain avec beaucoup de force et une bonne locomotion. »
La confiance de madame Fabre
Avoir la confiance de madame Fabre pour présenter ses yearlings, ce n’est pas rien, et la patronne de Coulonces détaille : « Cela fait quelques années que nous travaillons ensemble, ce qui est assez incroyable car elle a de très bons chevaux. Et les résultats sont là , sur le ring comme en piste. Nous attendons toujours avec impatience l’arrivée de ces chevaux parce que la qualité est là . C’est par exemple le cas de cette fille de St Mark’s Basilica (Siyouni). Elle est aussi belle que facile et marche vraiment bien. Mais de toute manière, les chevaux de madame Fabre arrivent en condition parfaite. On voit qu’ils ont été élevés dans de grands herbages. Ce n’est pas un hasard si elle a si bien vendu ses yearlings au fil des ans. » La mère a déjà donné Manisha (Lope de Vega), gagnante des Prix Dahlia et de Liancourt (Ls). C’est une belle origine du Gestüt Schlenderhan, celle de Mare Australis (Australia).
Les deux étalons du moment
Too Darn Hot (Dubawi) est l’étalon qui fait rêver le monde entier car ses produits « cartonnent » aussi bien en Europe qu’en Australie. Et même aux États-Unis, où il a plusieurs partants prometteurs. C’est le père du lot 130, une pouliche avec une très belle page. Sa mère, First City (Diktat), a remporté les Cape Verdi Stakes (Gr2). Elle a déjà donné deux bons chevaux avec le père de Too Darn Hot : Laieth (Dubawi), troisième du Nad Al Sheba Turf Sprint (Gr3), et Midtown (Dubawi), troisième du Prix Jean Prat (Gr1). Anna Sundström explique : « Elle a été acquise à Newmarket pour 55.000 Gns. Le père est en pleine explosion. La page est superbe. Cette pouliche ressemble à un 2ans « vite et précoce ». C’est probablement celle qui ira le plus tôt aux courses dans notre lot. »
Le lot 108 est une fille de l’autre étalon du moment, c’est-à -dire Blue Point (Shamardal) : « Nous l’avons achetée chez Goffs, en Irlande. Elle vient de chez Oghill House Stud, un haras assez exceptionnel. Nous avions vraiment envie d’acheter un foal venant de chez eux. Elle était le foal qui marchait le mieux dans la vente. Nous l’avons choisie avec ma fille et Conor [Nolan, ndlr]. Nous en avons parlé à un groupe de Scandinaves qui souhaitaient investir. Ils ont tous de l’expérience dans les chevaux, mais c’était un premier achat de ce type pour eux et nous aurons quatre yearlings à Deauville ensemble. Pour en revenir à la Blue Point, tout le monde était d’accord pour l’acheter. Elle est impressionnante et même si cela peut paraître un peu péremptoire, je ne crois pas qu’un autre yearling marche aussi bien qu’elle dans la vente. » Avec les filles de Dansili (Danehill), Blue Point a eu quatre partants dont Raqiya (Blue Point), gagnante des Oak Tree Stakes (Gr3) le 31 juillet.
Beaucoup de confiance en Sottsass
Anna Sundström et Charlotte Hutchinson ont réalisé quelques ventes spectaculaires ensemble. Et elles présentent une fille de Sottsass (Siyouni) sur une grande famille Wildenstein, celle de sa troisième mère, la championne All Along (Targowice). La souche est très vivante avec, par exemple, sous la deuxième mère, le jeune étalon de Coolmore Little Big Bear (No Nay Never)  : « Nous avons acheté la jument ici sans même la regarder car nous la connaissons parfaitement. Et pour cause, c’est nous qui l’avons « poulinée » car à l’époque, nous avions des chevaux pour l’élevage Wildenstein. Les souches Wildenstein ne meurent jamais et sa page est en pleine explosion. Nous l’avons envoyée à Sottsass car nous sommes de grands fan de son entourage et de lui. C’est un très bon jeune étalon qui réalise de bons débuts au haras. Instinctivement, Charlotte et moi sentions que c’était le bon croisement pour la jument. » L’an dernier, Anna Sundström et Charlotte Hutchinson ont vendu un Sottsass pour 525.000 € à Mitsu Nakauchida : « Il a fait l’objet de 18 visites vétérinaires ! En sachant que certains praticiens étaient là pour plusieurs clients à la fois. Les nouvelles venant du Japon sont très bonnes. Le poulain est très prometteur, il va débuter à l’automne. »
La réussite des Scandinaves
En l’espace d’un demi-siècle, la Suède est devenue l’un des pays les plus riches d’Europe, alors même que quelques décennies plus tôt, cette nation était l’une des pauvres du continent et une terre d’émigration. Au XIXe siècle et au XXe , environ 1,3 million de personnes ont quitté leur pays pour cause de pauvreté afin de rejoindre les États-Unis. Dans tous les secteurs, les Suédois ont énormément travaillé pour atteindre leur niveau de vie actuel. Les Scandinaves, dont les Finlandais, sont peu nombreux dans le monde des courses. Mais ils ont connu la réussite dans leurs domaines respectifs, que ce soit l’élevage, l’étalonnage (comme Kirsten Rausing) ou encore l’entraînement : « Je crois que c’est une région du monde où la valeur travail a une place importante. En Suède, être à l’heure, c’est déjà être en retard… Les gens sont très organisés et très travailleurs pour des raisons culturelles. Pour ces raisons, les pays nordiques, malgré leur petite taille, sont très performants dans toutes les disciplines équestres et hippiques. Je crois aussi que les Scandinaves, hommes comme femmes, ne se mettent pas de limites et sont vraiment « les mains dans le cambouis ». J’ai été élevée comme cela et je suis toujours capable de faire les boxes. Je pense que c’est quelque chose de très important, cette volonté d’être « bon » dans ce que l’on fait et de maîtriser l’ensemble du processus. Enfin, les Scandinaves sont à la fois très portés sur la compétition et très accueillants, très sympathiques. Avec le recul, je ne suis pas surprise par la réussite de Pia et Joakim Brandt, d’Amanda Zetterholm, de Laura Vanska… ils travaillent tous très dur. Les femmes suédoises sont indépendantes et fortes, l’idée d’égalité est profondément ancrée. On m’a appris que rien n’était impossible dans la vie et j’essaye d’élever mes filles de cette manière… Parfois, il est difficile d’atteindre ses objectifs. Mais pour y parvenir, il faut s’entourer des meilleurs : le meilleur maréchal, la meilleure alimentation, le meilleur véto, la meilleure équipe… Et si je pense ne pas avoir le « meilleur » sur un point particulier, alors je change. » Anna Sundström voyage beaucoup et elle a du recul sur la manière dont notre univers a changé : « L’évolution des ventes commerciales françaises en l’espace de 20 ans est assez stupéfiante. Lorsque nous sommes arrivées, il n’y avait ni panneaux de box, ni fleurs et les chevaux n’étaient pas ferrés ! Les élevages français ont pris énormément d’ampleur, ils sont du même niveau de professionnalisme que n’importe où dans le monde. Arqana effectue du très bon travail pour tirer tout le monde vers le haut. »
LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT
Lot | Sexe | Père | Mère |
0008 | M. | WOOTTON BASSETT | THAI HAKU |
0033 | F. | WOOTTON BASSETT | WILLOUGHBY |
0054 | F. | SOTTSASS | AMERICAN BEAUTY |
0108 | F. | BLUE POINT | DIANTHA |
0116 | F. | SIOUX NATION | EIRIAMACH NA CASCA |
0119 | F. | SIOUX NATION | EMMA CAPPELEN |
0130 | F. | TOO DARN HOT | FIRST CITY |
0168 | M. | HELLO YOUMZAIN | IZUMI |
0172 | M. | NEW BAY | KALISKA |
0196 | M. | VICTOR LUDORUM | LILIENBLOOM |
0202 | M. | TERRITORIES | LUNA MARE |
0204 | F. | ST MARK’S BASILICA | MAHATI |
0226 | M. | LOPE Y FERNANDEZ | MISTRESS QUICKLY |
0242 | F. | ZARAK | NOUVELLE VAGUE |
0250 | M. | FRANKEL | PALMAS |
0265 | M. | LOPE DE VEGA | PRESIDENTIAL SWEET |
0274 | M. | SAXON WARRIOR | QUEEN OF PARIS |
0277 | F. | LUCKY VEGA | QUERETARA |
0280 | M. | MEHMAS | RAPID REACTION |
0284 | M. | KAMEKO | RICH LEGACY |
0300 | F. | CAMELOT | SEPTEMBER |
0314 | F. | PERSIAN KING | SOUDAINETÉ |
0323 | F. | CHURCHILL | SWEET DREAM |
0325 | F. | NO NAY NEVER | SWITZER |