MARCHÉ DE L’EMPLOI : OÙ EN SONT LES COURSES ?
Le marché de l’emploi poursuit sa profonde mutation. L’observatoire social des courses, publié récemment par l’Afasec, évolue pour chercher à quantifier cette mutation. Guillaume Herrnberger, directeur général de l’Afasec, fait le point…
Par Guillaume Boutillon
gb@jourdegalop.com
Plus de flexibilité
« À l’instar des autres secteurs d’activité, le sacro-saint CDI à temps plein que l’on connaissait il y a encore quelques années n’est plus la seule forme d’emploi dans les courses. Plus généralement, dans le monde du travail, il faut savoir qu’en France, aujourd’hui, 75 % des salariés en poste sont en CDI, mais que 85 % des contrats signés sont des CDD. Les courses n’échappent pas à cette tendance vers plus de flexibilité. La grande évolution récente vient du recours aux prestataires ou free-lance. On le voit particulièrement sur les métiers de responsable de voyages ou sur la monte au lot, au galop. Le recours aux prestataires est aussi étendu au galop qu’au trot. Selon nous, cela est inhérent à l’aspect plus structuré des écuries de galop (8,5 salariés en moyenne contre 3 au trot), avec de ce fait une segmentation des rôles plus forte. Ce phénomène qui consiste à faire appel à une compétence temporaire sur une mission bien identifiée dépasse le monde des courses : on le retrouve dans beaucoup de secteurs du monde du travail – BTP, restauration, transport, logistique, médical. Mais attention : le freelancing n’est pas la panacée tant pour l’employeur que le travailleur. D’abord au niveau de la couverture sociale, mais pas que… »
L’intérim, une solution sécurisée pour les deux parties
« Contrairement à d’autres industries, la flexibilité ne fait pas encore partie prenante de la culture RH des courses. Au vu de la saisonnalité d’une écurie de galop, cela aurait sans doute du sens car, pour certains, le besoin en salariés n’est pas le même en été qu’en hiver. Cela ne résout pas tout, mais l’intérim est, selon moi, une opportunité supplémentaire tant pour les employeurs que pour les salariés. L’an dernier, l’Afasec a souhaité mettre en place et proposer à tous les acteurs de la filière un accord national d’intérim négocié au meilleur taux possible avec la plateforme digitale d’un grand groupe, QAPA. Plus de cinquante missions depuis le début de l’année ont été signées via cette plateforme, qui fonctionne tant pour le trot que pour le galop. Il est important de rappeler que le droit est très clair sur la forme d’emploi à utiliser selon la nature des tâches : dès lors qu’on touche un cheval, on n’a pas le droit d’avoir le statut d’autoentrepreneur. À ce sujet, j’invite vos lecteurs à écouter le très bon podcast « Bord de piste » de l’Afasec. Notre mission est de prévenir les chefs d’entreprise pour ne pas les mettre à risque juridiquement. À l’inverse, le recours à l’intérim permet de sécuriser le salarié et de sécuriser l’employeur. Il faut savoir qu’avec le format que nous avons négocié, la mission d’un intérimaire peut durer au minimum 3 heures (jusqu’au mois), sachant que l’employeur reste l’agence d’intérim, et que le coût supporté par l’entreprise n’est que de 5 centimes d’euro/heure pour se décharger de toute la charge administrative. »
Le temps partiel, dans l’air du temps
« Comme l’intérim, le temps partiel est une vraie opportunité supplémentaire à développer. L’idéal est bien sûr d’avoir un salarié à temps plein, mais il faut aussi savoir s’adapter. C’est ce que font les secteurs en tension, comme celui de la restauration ou du bâtiment. De la même manière que des cavaliers amateurs viennent monter un ou deux lots le matin, envisageons la possibilité qu’un salarié qui le souhaite travaille à temps partiel dans les courses. Évidemment, ce n’est pas l’idéal, mais cela permettra peut-être qu’il reste plus longtemps dans les courses car il sera moins rapidement usé par l’exigence du métier. Un chef d’entreprise à qui il manque une ressource temps plein et à qui l’on dit qu’il peut avoir à la place deux ressources à temps partiel comprend parfaitement la chose. »
Le recours aux salariés étrangers, un pansement temporaire
« L’Afasec a créé des réseaux de confiance – « blockchain » – en Inde, à Madagascar, en Asie mineure, au Venezuela… Il ne s’agit pas de promouvoir la filière étrangère au détriment de la filière française car, comme je l’ai toujours dit, le recours aux salariés étrangers est un pansement temporaire sur notre marché de l’emploi. L’idée est vraiment de répondre au besoin immédiat de main-d’œuvre des écuries et ainsi de se donner le temps de former plus et mieux la future force de travail française. Avec Élise David (en charge de l’emploi à l’Afasec), nous avons donc créé une offre de recrutement international de « confiance », sachant que le poste de cavalier d’entraînement au galop est le plus en difficulté. Au total, nous avons recruté 260 salariés pour les écuries de courses. L’offre que nous proposons vise à sécuriser à la fois l’entreprise et le travailleur. Nous l’avons vécu : il est arrivé qu’un entraîneur qui recrute sur vidéo un salarié étranger voie arriver un autre salarié à son écurie… et, à l’inverse, il est aussi arrivé qu’un salarié étranger, recruté en France et ayant quitté femme et enfants, se voie refuser le poste une fois arrivé en France, car son arrivée a trop tardé… L’ambition de notre offre est de garantir, autant que faire se peut, le salarié et l’employeur en encadrant la relation. »
La reconnaissance du statut d’emploi en tension
« Aujourd’hui, nous sommes confrontés au renouvellement des permis de travail des salariés extra-européens. Nous travaillons de manière acharnée sur le sujet, avec l’aide de France Galop et de son directeur général, Élie Hennau, de la FNCH, et de Tanguy Courtois (chargé d’affaires publiques), sur la reconnaissance de nos emplois en tension. Des avancées très significatives ont été faites sur le sujet, notamment sur le fait que nos métiers soient rattachés au domaine agricole et non à celui du sport, les métiers agricoles ayant été reconnus comme en tension. Cela faciliterait grandement les démarches sur l’obtention des visas et leur renouvellement. »
Les intentions d’embauche en recul en 2024
« Nous suivons cet indicateur depuis deux ans. En 2024, les intentions semblent en léger recul par rapport à 2023. La réalité des embauches à fin juin 2024 semble confirmer ce recul des intentions, même si nous restons sur un très fort volume… Ce léger recul semble toutefois moindre que sur le marché national du recrutement, qui perd 10 % en un an.
Malheureusement, selon moi, cette baisse ne signifie pas que l’emploi est moins en tension – ce dont nous pourrions nous réjouir –, mais cela s’explique davantage par le ralentissement économique, sachant que nos métiers font face à une concurrence internationale hyper-forte. »
Une nouvelle convention collective
Une nouvelle convention collective a été mise en place en juin. C’est la conséquence de la loi travail de 2016, qui visait à réduire le nombre de branches. « Les conventions collectives des salariés des écuries de galop, de trot et des centres équestres ont fusionné en une seule convention collective. Les différences entre les écuries de courses et les centres équestres se matérialisent dans les annexes pour que chacun garde une forme d’indépendance. Entre le trot et le galop, un vrai travail d’harmonisation a été fait par les associations représentatives (AEDG au galop et SEJ au trot), notamment sur les niveaux de rémunération et l’évolution des dénominations des métiers relatifs aux courses. Vous les retrouverez dans la fiche Equipedia rédigé par l’Afasec et l’IFCE : Cavalier d’entraînement de trot et de galop (ifce.fr). Là encore, je recommande à vos lecteurs d’écouter le podcast de l’Afasec sur le sujet.
Cela a permis d’opérer un vrai rapprochement entre les écuries de galop et de trot. Pour l’Afasec, cette convention collective est une excellente nouvelle car cela va favoriser les passages entre le galop et le trot et simplifier la gestion quotidienne de notre accompagnement des salariés. »