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Il a révolutionné l’élevage australien (et pas seulement) : JOHN MESSARA PARLE

EXCLUSIF JDG    Par Adrien Cugnasse Il y a trente ans, l’Australie était une destination exotique dans une filière hippique pas encore globalisée. C’est aujourd’hui un des géants du turf mondial. Et sans doute le leader du XXIe siècle. Le personnage-clé de cette montée en puissance est une légende vivante. Il s’appelle John Messara, dirige Arrowfield Stud et livre à Jour de Galop sa première interview française.   Jour de Galop. – Votre nom restera pour toujours associé à celui du chef de race Danehill. Pourtant il n’était pas perçu comme un stallion prospect de premier plan quand il était encore en compétition, au moment où vous l’avez repéré… John Messara. – Je ne peux que m’inscrire en faux face à votre affirmation. C’était peut-être le sentiment général dans la filière hippique. Mais à l’époque, nos recherches et analyses désignaient Danehill (Danzig) comme un stallion prospect exceptionnel. Qu’est-ce qui vous a décidé à investir dans ce cheval ? Le point de départ fut une analyse exhaustive de la lignée mâle de Northern Dancer (Nearctic) qui dominait l’Hémisphère nord à la fin des années 1980. Nous avons donc passé au peigne fin la production de tous les fils de Northern Dancer au haras. Au-delà de leurs taux de réussite, nous avons aussi examiné les aptitudes aux terrains et les distances favorites de leur production. Notre étude désignait Danzig (Northern Dancer) comme un étalon améliorateur. Il produisait une proportion élevée de chevaux d’élite ayant une affinité pour le sprint sur gazon. Ce sont exactement les qualités recherchées pour être performant en Australie. D’ailleurs, on peut penser que Danzig n’a pas connu la même popularité que d’autres fils de Northern Dancer car il était stationné dans une région où les courses sur le dirt dominent. Dès lors, Danzig nous est apparu comme un étalon phare et nous avons commencé à suivre ses fils âgés de 2ans et 3ans. Parmi eux, il y avait Danehill qui était issu de Juddmonte, le puissant élevage du prince Khalid Abdullah. Sur le papier, Danehill avait tout pour nous plaire. Son origine maternelle était excellente et sa troisième mère, Natalma (Native Dancer), avait produit Northern Dancer. C’était un jeune sprinter en pleine progression qui venait d'enlever les Cork and Orrery Stakes (Gr3) après une courageuse troisième place dans les Guinées de Nashwan (Blushing Groom). Nous avons donc attendu qu’il gagne son Gr1 pour aller l’inspecter puis faire une offre à son propriétaire. Danehill a, par la suite, remporté la Sprint Cup (Gr1) à Haydock. Nous avons donc fait le voyage pour aller le voir chez son entraîneur, Jeremy Tree. Dès qu’il a mis un pied en dehors de son box, j’ai immédiatement su que c’était le cheval dont nous avions besoin, même s’il avait les genoux creux [un défaut hérité de Natalma, ndlr]. Percy Sykes, un ami qui était aussi un vétérinaire réputé, nous a convaincus que ce défaut n’était pas rédhibitoire pour notre objectif d’étalonnage. A-t-il été difficile de rassembler des investisseurs pour acheter le cheval ? Nous n’étions pas spécialement à la recherche d’investisseurs car notre objectif était de conserver une grosse partie de la propriété de Danehill. Quoi qu’il en soit, au même moment, nous avons fait la rencontre de John Magnier et de Robert Sangster. Ce dernier nous a suggéré de proposer des étalons dans les deux hémisphères [ce qui n’était pas du tout courant à l’époque]. Un peu plus tard, quand nous leur avons annoncé que nous étions en train d’acheter Danehill, John Magnier a souhaité investir dans ce cheval qui avait le profil pour faire la monte en double saison. Dans les faits, Danehill est ensuite devenu la plus grande réussite de l’histoire de la navette.   L’histoire surréaliste de la vente de Danehill John Messara est arrivé en Australie enfant, en provenance d’Egypte. Avant de fonder Arrowfield Stud, il a fait fortune dans la finance. Danehill est l’un des trois étalons ayant produit le plus de chevaux black types dans l’histoire des courses, dont 89 gagnants de Gr1. Au bout de plusieurs années de monte, le cheval a quitté Arrowfield pour rejoindre Coolmore. John Messara a raconté les conditions de sa séparation avec les copropriétaires irlandais lors de l’émission "This Racing Life", en 2012. « Je souhaitais que le cheval fasse une pause dans sa navette avec l’Europe, même s’il voyageait très bien. Pour le préserver, je voulais qu’il arrête de prendre l’avion pendant au moins une saison de monte, avant de recommencer la double saison. Les associés de Coolmore n’étaient pas d’accord avec moi. Après six années de navette, chaque partie restant sur sa position, nous avons donc décidé de ne plus être associés sur l’étalon. En 1989, une vente sous pli a donc été organisée. Les associés de Coolmore étaient dans une salle ; nous étions dans une autre. Et au milieu, il y avait une pièce où nous allions faire une offre à tour de rôle. J’ai fait le tour de l’Australie, sollicité toutes les banques, vidé les fonds de tiroir et démarché toutes mes connaissances pour réunir un ma...

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