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Prime propriétaires Pour qui ? Pour quoi ?… Et pour combien de temps encore ?

 

Un dossier de la rédaction de Jour de Galop

96,4 %, ce n’est pas 100 %. Ce n’est pas non plus les 111,59 % de 2015. Le versement du complément de la prime propriétaire, intervenu en début d’année et qui s’élève donc à 6,4 %, est un petit choc psychologique.

Sans le dispositif des 90/10 mis en place fin 2014, les propriétaires auraient touché plus. Combien ? C’est ce que nous avons voulu évaluer, afin d’avoir une appréciation objective de l’impact réel de cette mesure. Dans tous les cas, il ne faut pas se tromper : ce pourcentage, en deçà des 100 %, ne signifie pas pour autant que les encouragements ont baissé. L’enveloppe des primes est restée constante, à 44,63 millions d’euros. C’est le niveau de performance des « FR » qui impacte la somme restant à distribuer en janvier. On le comprend aisément : l’exercice de communication autour de ce dispositif n’est pas évident. D’un côté, le positif, à savoir que les « FR » ont beaucoup gagné en 2016 ; de l’autre le négatif, vous ne recevrez que les 96,4 % de ce que vous auriez pu toucher sans le dispositif des 90/10. C’est le principe des vases communicants : à enveloppe égale (ce qui, dans la situation actuelle, peut déjà être considéré comme un motif de satisfaction), on ne peut pas être gagnant sur les deux tableaux.

Mais allons plus loin dans la réflexion. La prime propriétaire a été créée pour soutenir l’élevage français. Si la progression de celui-ci se confirme dans les années à venir, l’existence de cette prime se justifiera-t-elle toujours ? Ne devra-t-on pas être amené à en changer les conditions d’attribution ? Et si l’on doit un jour rogner sur les encouragements, n’est-ce pas sur ce poste-là qu’il faudra agir en priorité ? Voici quelques éléments de réponse.

Quel est le manque à gagner pour les propriétaires ?

Nous avons calculé ce à quoi correspondaient réellement ces 3,6 % de primes « manquantes » pour sept propriétaires choisis dans le top 200 français en 2016.

Rang   Primes propriétaires versées aux « FR«  de l’écurie    Manque à gagner pour l’écurie

2e        1.376.345 €                                                                  51.398 €

3e        1.612.175 €                                                                  60.205 €

10e      449.871 €                                                                     16.800 €

49e      161.254 €                                                                     6.022 €

100e    48.317 €                                                                       1.804 €

150e    66.652 €                                                                       2.422 €

200e    66.670 €                                                                       2.489 €

10 chevaux ont absorbé à eux seuls 7,3% de l’enveloppe globale !

En 2016, dix chevaux ont engrangé plus de 200.000 euros en primes propriétaires sur leurs gains français.

Si l’on cumule les primes propriétaires de ces 10 « FR » les plus riches, on atteint un montant de primes égal à 3.255.458 euros… Alors que des milliers de chevaux « FR » ont couru en 2016, les 10 plus riches d’entre eux ont encaissé à eux seuls 7,3 % de l’enveloppe (44,6 millions d’euros) !

Cheval                        Primes propriétaires versées

Almanzor                    700.015 €

La Cressonnière          572.601 €

Zarak                      314.161 €

Left Hand                   297.257 €

Silverwave                  246.131 €

Mont Ormel                236.203 €

Vazirabad                   235.576 €

Vadamos                    229.772 €

Zelzal                        215.153 €

Dicton                         208.589 €

Total                           3.255.458 €

Le Jockey Club et le Diane pèsent à eux seuls 3,3 % de l’enveloppe globale !

Les deux épreuves qui génèrent le plus de primes propriétaires en France sont les Prix du Jockey Club et de Diane Longines. Au total, en 2016, le montant des primes distribuées dans ces Gr1 – avec à chaque fois un trio gagnant composé de « FR » ou « assimilés » – se monte à 1.468.700 euros. Ces deux courses pèsent donc à elles seules 3,3 % dans le total des encouragements distribués en 2016 pour la prime aux propriétaires.

Prix du Jockey Club

#          Cheval                             Prime propriétaires

1er       Almanzor                         527.644 €

2e        Zarak                               211.094 €

3e        Dicton                             105.547 €

4e        Talismanic                       –

5e        Apilobar                          26.409 €

Total                                           870.694 €

Prix de Diane Longines

#          Cheval                             Prime propriétaires

1re       La Cressonnière               351.762 €

2e        Left Hand                       140.729 €

3e        Volta                               70.364 €

4e        Azaelia                            35.151 €

5e        Coolmore                         –

Total                                           598.006 €

 

Un ajustement bientôt nécessaire ?

On l’a vu, la baisse du complément de versement de la prime propriétaire est directement liée aux performances des chevaux « FR ». Elle est donc le signe de l’amélioration de l’élevage français. Or, différents indicateurs laissent à penser que nous ne sommes qu’au début de cette phase de progression. Si elle se confirme, et étant donné que l’enveloppe consacrée aux primes n’est pas amenée à progresser (au moins à moyen terme), il sera bientôt nécessaire de trouver des variables d’ajustement…

L’amélioration de l’élevage français. L’élevage français est entré dans une phase d’amélioration. La qualité des étalons stationnés dans l’Hexagone progresse. Dans le même temps, poussée par la montée en gamme du marché estival à Deauville, la partie supérieure des éleveurs français investit dans la jumenterie. Ces derniers ont par exemple été très actifs pendant l’hiver outre-Manche. Si certains étrangers sont installés en France depuis longtemps, on assiste depuis peu à l’arrivée de nouveaux investisseurs qui vont avoir leurs premiers partants « FR » dans les années à venir. Ils sont Italiens (les familles Botti et Picci…), Irlandais (John Kilpatrick…) ou Allemands. Dans le même temps, plusieurs grands acteurs du monde du trot, comme la famille Dubois, accentuent en ce moment leurs investissements dans le galop. Peter Brandt, qui effectue son grand retour, a basé ses poulinières en France. Les premières générations fournies de pur-sang anglais élevés par Al Shaqab Racing vont bientôt être vues en piste. La convergence de ces différents éléments doit aboutir à une amélioration des performances des « FR » en plat pour les saisons à venir.

Quel avenir pour la prime aux propriétaires ? Dans un contexte général de baisse des enjeux, l’enveloppe consacrée aux encouragements, donc aux primes propriétaires, pourrait baisser. La suppression de ces primes n’est pas souhaitable, car avec les parieurs, les propriétaires sont les principaux financeurs de la filière et de leur santé dépend directement celle des éleveurs et des entraîneurs, et logiquement le nombre de partants… donc les enjeux.

Si les sommes distribuées en allocations décroissent, mécaniquement – à taux constant –, la prime qui est calculée comme un pourcentage des gains baisse elle aussi. Si les sommes allouées à la prime aux propriétaires sont réduites, plusieurs scénarios sont envisageables pour assurer la pérennité du dispositif :

– Un plafonnement par le bas, comme en Italie [voir ci-après]. En-dessous d’une certaine allocation les propriétaires ne peuvent pas prétendre à une prime. Cela concerne principalement ceux qui touchaient des montants faibles (quelques centaines d’euros par an).

– Une baisse du taux de calcul de la prime. Elle fonctionne actuellement sur deux taux : 64 % de l’allocation pour les chevaux de 2ans, 3ans et 4ans et 43 % pour les chevaux de 5ans et plus.

– Un plafonnement de la prime dans certaines épreuves très dotées du programme français, comme le Prix de Diane Longines ou le Prix du Jockey Club. La réussite des « FR » dans ces courses, compte tenu de leur allocation, pèse énormément sur l’ensemble de la distribution de la prime, comme nous l’avons montré en ouverture de dossier. Elle n’est d’ailleurs pas distribuée dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, la course la plus dotée en France.

– Un durcissement des conditions d’attribution du label « FR« . Un cahier des charges plus exigeant pour être estampillé « FR », en particulier pour les chevaux issus de saillies étrangères, entraînerait une baisse du nombre de chevaux éligibles à la prime. Mais attention : même si notre élevage progresse, cette mesure pourrait freiner son amélioration et enrayer la spirale positive qui est actuellement à l’œuvre.

De l’importance du maintien de la prime dans les Groupes. Les grands propriétaires sont ceux qui ont le plus perdu – comptablement parlant – dans le réajustement du versement complémentaire, alors que la variation ne représente que quelques centaines d’euros pour un propriétaire représenté par un cheval ou deux. Or ce sont les grands propriétaires qui dépensent le plus pour faire tourner l’économie des courses. Leurs investissements sont essentiels à l’économie et à l’emploi dans notre filière. En outre, ce sont eux qui assurent l’essentiel de la mission de sélection qui représente l’un des principaux objectifs des courses hippiques. D’un point de vue strictement économique, les belles histoires de chevaux petitement nés qui peuvent parfois s’imposer au niveau Groupe ne sont pas forcément satisfaisantes pour l’économie. Leurs victoires ont généré beaucoup moins d’investissements et d’emploi.

Supprimer la prime aux propriétaires dans les Groupes, c’est renoncer à encourager la sélection, affaiblir notre élevage et nos épreuves black types. Enfin, c’est un pas de plus dans la direction du subventionnisme. L’Irlande a par exemple fait le choix d’avoir peu de subventions mais un cadre fiscal et juridique très incitatif. À ce jour, les résultats sportifs donnent raison aux Irlandais [lire en dernière page « Le mot de la fin »].

 

En Italie : tout pour les jeunes !

Il y a un dicton en Italie qui dit « nécessité est mère d’invention ». Face à la crise de plus en plus grave qui a frappé les allocations et les encouragements, le monde des courses a trouvé et fait accepter au Ministère une solution acceptable pour sauver la prime aux propriétaires, mise en œuvre dans la Péninsule presque en même temps qu’en France.

À partir de 2017, les 2ans et les 3ans nés en Italie ou assimilés, rapporteront à leurs propriétaires une prime de 60 % dans toutes les courses – à l’exception des réclamer – avec un prix au gagnant d’au moins 3.400 euros. D’un point de vue français, cette limite peut sembler bien peu sélective, mais il faut considérer que 3.400 euros correspondent en général au premier prix d’un maiden – sauf à Milan ou Rome – ou d’un handicap correct avec des chevaux de valeur 28-30.

Un bonus dans les Groupes, et pas de primes pour les vieux. La prime est majorée de 20 % dans les courses de Groupe. Un gagnant d’un petit maiden touche, prime comprise, 5.440 euros alors qu’un Gr3 offre à son lauréat 29.750 euros, plus la prime de 60 %, plus le bonus de 20 %. Soit au total 57.120 euros, ce qui n’est pas trop mal. Le propriétaire du gagnant du Derby 2017 – s’il est qualifié pour la prime – recevra, malheureusement avec un gros retard, un chèque de 530.000 euros. En Italie, la prime baisse beaucoup pour les 4ans : ils n’ont droit qu’à 15 %, mais toujours avec la majoration de 20 % dans les Groupes. Un gagnant de Gr3 de 4ans ne touchera donc que 41.000 euros. Les 5ans et plus n’ont pas droit à la prime.

Quand un Gr1 valait double. Cette règle existait déjà à l’âge d’or, quand les caisses des courses étaient bien pleines. Jusqu’en 2011, la prime était un petit trésor. Les 2ans, 3ans et 4ans avaient droit à une prime de 50 % dans toutes les courses avec une allocation au gagnant supérieure ou égale à 3.400 euros. La prime montait à 60 % dans les courses avec un prix au premier supérieur ou égal à 8.500 euros, Listeds comprises. La majoration était de 70 % dans les Grs3, de 80 % dans les Grs2 et de 100 % dans les Grs1. Cima De Triomphe (Galileo), lauréat en 2008 du dernier Derby italien labellisé Gr1, avait ainsi doublé les 388.750 euros de l’allocation gagnante. Rakti (Polish Precedent), qui avait brisé en 2002 une série de 14 défaites des locaux, avait permis à ses propriétaires d’empocher 790.160 euros.

Deuxième, c’est mieux que premier. La démonstration la plus flagrante de l’importance de la prime est arrivée lors du Derby italien de 2001. Le champion Falbrav (Fairy King) n’avait fini que deuxième, battu par Morshdi (Slip Anchor). Ce dernier avait rapporté au cheikh Ahmed Al Maktoum 395.089 euros, alors que Luciano Salice, propriétaire-éleveur de Falbrav, avait reçu avec les deux primes un pactole de 513.000 euros ! C’était un vrai encouragement à la sélection, pas un gaspillage d’argent dans tous les sens. Dans tous les cas, ce n’est pas la prime aux propriétaires qui a provoqué l’effondrement des courses en Italie.

 

La prime propriétaire en obstacle : à peine commencée, à peine arrêtée

La prime propriétaire a été créée en 1974. La première année, à titre d’essai, la Société d’encouragement la fixe à 10 % aux quatre premiers et dans les seules courses ouvertes, et uniquement en plat. En 1975, elle passe à 20 % en plat et on la crée même en obstacle, mais seulement en région parisienne où elle est de 10 % pour les trois premiers. Mais en obstacle, les gains des chevaux étrangers restent inférieurs à 10 % et il a été jugé qu’elle n’était pas vraiment justifiée dans cette discipline. Elle est ainsi supprimée quelques années plus tard.

La situation n’a que très peu évolué de nos jours. Si l’on prend les 100 sauteurs les plus riches de l’année écoulée, un seul n’est pas « FR » : il s’agit de Shelford (Galileo). Cette incitation à acheter français ne se justifie donc toujours pas en obstacle. En revanche, la prime à l’éleveur existe en obstacle. Elle s’élève à 15 % de l’allocation seule, dans toutes les courses et pour tous les classements donnant lieu à une allocation.

 

 

 

 

 

 

 

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