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À LA CONFÉRENCE MONDIALE DES ÉLEVEURS – Les tests génétiques ? Non merci !

Le congrès de l’I.T.B.F., l’Association internationale des éleveurs, s’est déroulé ce week-end au Cap. Les élus ont exprimé leur opposition au speed gene testing c’est-à-dire aux tests génétiques pour prédire les attitudes (vitesse, précocité et tenue) et même la classe des chevaux. La position prise par l’Eftba (les éleveurs européens) – avec 50 voix sur 60 – est la suivante : « L’Association ne voit pas l’intérêt immédiat d’un usage à grande échelle des speed gene testing. » Les cinquante délégués se sont également accordés sur le fait que « ces tests peuvent affecter l’organisation des courses, les habitudes et le système d’évaluation des reproducteurs. » L’I.T.B.F. porte en revanche un regard plus positif sur d’autres possibilités offertes par cette technologie, comme la détection des prédispositions aux maladies.

L’histoire de Galileo Gold. Plusieurs sociétés ont développé des systèmes d’évaluation génétique, capables de déterminer – en analysant une base de 670.000 marqueurs génétiques – le portrait d’un cheval, sa classe, sa période de maturité et sur quelles distances il pourrait être le meilleur. En 2016, des doutes sur la tenue du gagnant des 2.000 Guinées Galileo Gold (Paco Boy) ont été émis. Son entraîneur, Hugo Palmer, a finalement décidé de renoncer au Derby après avoir appris que les tests ne donnaient au cheval qu’un pour cent de chances de tenir les 2.400m d’Epsom. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des élèves de « l’école primaire des pedigrees » auraient donné la même réponse. Mais les développements de ces technologies, qui ont donné d’excellents résultats dans l’élevage de bovins, ne doivent pas être pris à la légère.

Nearco, chef de race et C:T ? Quel résultat aurait donné un test sur la tenue du futur chef de race Nearco ? Fort probablement, il aurait été classé comme C:T, c’est-à-dire un cheval capable de gagner de 1.400 à 2.400m et de remporter sa première victoire à 35 mois. Et pourtant, comme vous le savez certainement, Nearco avait débuté au mois de juin de ses 2ans. Il avait d’ailleurs gagné sept courses lors de sa première saison de compétition et remporté le Grand Prix de Paris à 3ans. D’après « les tables de la loi modernes », il aurait pu produire des chevaux de tous les types : des sprinters (C:C), des sujet de moyenne distance (C:T) ou des stayers (T:T). Effectivement, il a produit dans toutes les catégories et… au passage, il a changé l’histoire de l’élevage !

Les tests génétiques sont à prendre très au sérieux. Cette technologie peut avoir de grandes retombées sur l’élevage. Cela pourrait faire pencher encore un peu plus la balance du côté des acheteurs et ainsi mettre en péril l’équilibre économique qui garantit la pérennité de notre filière. Imaginez-vous un catalogue où votre poulain, le lot 77, est crédité par la science d’une « classe 4 », la note la plus basse, ou à l’inverse d’une « classe 1 », la plus haute. Comme dans le cas d’un score radiographique, où on ne vous paiera pas plus cher le « classe 1 », le « classe 4 » risque fort d’être dévalué…
Heureusement, il reste des éléments impossibles à déterminer. Il y a quelques décennies, Federico Tesio expliquait déjà dans son livre Il Purosangue Animale da Esperimento : « Je regardais un yearling, par le meilleur étalon, issu d’une championne et gagnante classique. Il était beau, pétri de classe, avec des aplombs parfait. J’aurais voulu regarder dans son cœur pour découvrir s’il allait devenir un crack. »

La remise en question des avancées technologiques. Progrès scientifiques et progrès économique ne vont plus de pair. Il s’agit d’un thème qui va bien au-delà du secteur économique des courses. Laurent Alexandre, président de DNAVision, a abordé ce sujet la semaine dernière dans La Tribune avec un article intitulé « Le début de la révolte contre la technologie ». Il explique que l’intelligence artificielle et les algorithmes dépasseront le talent de l’homme, en mettant en danger – et même en faisant disparaitre – des professions. D’après lui, le risque est une vague néoluddiste, c’est-à-dire un mouvement anti-technologie. La réponse des éleveurs va-t-elle dans ce sens, en anticipant une révolte de l’homme contre les technologies ? L’exemple des chevaux de sport, où l’arrivée des nouvelles technologies de reproduction – insémination artificielle, transfert d’embryon et aujourd’hui clonage – a eu un effet désastreux sur la santé économique des élevages – nous prouve que la technologie n’est pas nécessairement synonyme de progrès économique et sociétal.

De même que le cheval parfait ne sera jamais conçu par un algorithme, une puce à ADN serait tout à fait capable de mettre à mal la santé économique des éleveurs les plus inspirés…

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