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L’hippodrome de saint-cloud, l’œuvre d’edmond blanc (1re partie)

HISTOIRES, HISTOIRES

L’hippodrome de Saint-Cloud, l’œuvre d’Edmond Blanc (1re partie)

Inauguré en mars 1901, l’hippodrome de Saint-Cloud est le plus récent de la région parisienne. Le domaine fête, cette année, ses 115 ans d’existence. On le doit à un homme, Edmond Blanc, honoré par la création d’un prix en 1921, trois mois après son décès – 20 décembre 1920. Le premier gagnant sur ce site n’est autre qu’un élève d’Edmond Blanc, un 3ans nommé Le Filon II (Verwood) portant les couleurs de sa veuve qui avait repris la casaque orange et la toque bleue.

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. Depuis le mois de janvier 2016, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

La Fouilleuse et le Val d’Or. En bordure de Garches, Rueil-Malmaison et Suresnes, l’hippodrome la Fouilleuse et le Val d’Or est le quartier le plus récent de Saint-Cloud. Il doit son nom « Fouilleuse » à une déformation du mot « feuilleuse » – lieu boisé d’arbres de hautes tiges – apparu au xiiie siècle, lorsque le domaine des moines de Saint-Denis ressemblait encore à une forêt de feuillus. Quant au « Val d’Or », il tire son nom d’une source des Vaux d’Or qui alimentait le château de Suresnes et les vignes situées aux alentours.

À partir de 1855, Napoléon III rassembla laborieusement de nombreuses parcelles de la plaine de Fouilleuse – qui débordait sur Rueil – en vue de constituer une ferme modèle pour le domaine privé de l’Empereur. Après l’achat des lieux, le 15 avril 1856, des bâtiments sont construits à usage d’écurie, de vacherie, de porcherie et de poulailler. Sur les 77 hectares, les cultures sont essentiellement céréalières et le jour de l’inauguration, le 24 mai 1860, sont présentées les premières machines à moissonner.

Mais en janvier 1871, prise au piège des combats franco-prussiens, la ferme disparut dans les flammes. L’année suivante, après de rapides travaux, une colonie pénitentiaire de pupilles s’y établit pour cultiver la terre et former des ouvriers. En 1895, une exploitation agricole reprit la mise en culture des lieux, avant que l’État ne mette le Domaine de Fouilleuse en vente aux enchères publiques.

Le domaine de Fouilleuse est à vendre. Edmond Blanc, grand propriétaire-éleveur depuis 1877, désire pouvoir faire entraîner ses chevaux aux portes de Paris sur des pistes privées et gazonnées. Le 1er février 1898, il réalise ses souhaits et remporte les enchères pour 620.000 francs.

Avec quelques parcelles acquises par la suite, ce sont 83 hectares qu’Edmond Blanc consacre à la création d’un champ de courses et à l’installation d’écuries d’entraînement autour d’une luxueuse habitation dont la réalisation est confiée à l’architecte de Vaucresson, Léon Berthault, qui lui insufflera un très élégant style anglo-normand. Il se verra attribuer, peu après, la construction de l’hôtel Normandy, à Deauville.

Le champ de courses de Saint-Cloud est loué par la Société d’Encouragement pour l’amélioration du cheval français de demi-sang pour un bail de cinquante ans. La Société du Demi-Sang, qui avait dû cesser de faire courir sur l’hippodrome de Neuilly-Levallois, est alors menacée de devoir abandonner le champ de courses de Vincennes réclamé par l’armée.

Trotteurs et galopeurs vont se partager le gazon de l’hippodrome qui est inauguré, en grande pompe, le 15 mars 1901, avec une réunion de plat. Le 11 mai c’est au tour des trotteurs de fouler le gazon. Le 3 juin s’y dispute, transféré de Vincennes, le Prix du Président de la République. Ainsi, l’après-midi, trotteurs et galopeurs se partagent les pistes, sur lesquelles le matin s’entraînent (sous la direction de Robert Denman) les pur-sang d’Edmond Blanc.

Des prix prestigieux s’y tenaient, comme celui du Président de la République devenu depuis le Grand Prix de Saint-Cloud, et attiraient les foules, si bien que les jours de courses une halte était spécialement établie au Val d’Or, sur la ligne du chemin de fer, cela jusqu’en 1907 et l’édification d’une gare. Les parieurs et les promeneurs pouvaient suivre les courses depuis la pelouse centrale. À cette époque, il existait également sur l’hippodrome une ferme qui livrait ses produits laitiers dans de petits attelages.

Durant la Grande Guerre, le champ de courses fut réquisitionné pour héberger un hôpital militaire tenu par des Canadiens. Ils y soigneront militaires et civils français. Aujourd’hui, l’artère qui mène à l’hippodrome porte d’ailleurs le nom de « rue du Camp Canadien » pour commémorer leur participation à l’effort de guerre. Après la guerre, la Société du Demi-Sang, décidée à moderniser Vincennes, cède le bail de Saint-Cloud et ses réunions de galop à la Société Sportive d’Encouragement – créée en 1887.

Edmond Blanc, propriétaire-éleveur du premier vainqueur du Grand Prix de Saint-Cloud. Le premier Prix du Président de la République – futur Grand Prix de Saint-Cloud – est créé en 1904 par la Société Sportive d’Encouragement. Il ne se dispute pas à Saint-Cloud mais à Maisons-Laffitte, le dimanche 17 juillet. Le vainqueur n’est autre qu’un élève de 3ans d’Edmond Blanc, Gouvernant, fils de Flying Fox et de Gouvernante. Son grand-père maternel n’est autre qu’Energy. Gouvernante avait « gonflé » les effectifs de la casaque orange, toque bleue, à la suite de l’achat de sa mère, Gladia, au comte P. de Meeûs après sa troisième place dans la Poule d’Essai et les naissances de ses deux premiers produits.

Gladia avait été élevée par Charles Laffitte, le neveu de Jacques. Décédé en décembre 1875, Charles était l’un des douze membres fondateurs de la Société d’Encouragement. Il était chargé, entre autres, de la nomination des titres de prix. Il élevait, en association avec le baron Nivière, au Haras de Villebon. Ils ont fait également courir, pendant un laps de temps, sous l’entité du Major Fridolin.

Edmond Blanc, éleveur du deuxième vainqueur du Grand Prix de Saint-Cloud. Le deuxième vainqueur, Finasseur, lui aussi âgé de 3 ans, porte les couleurs de Michel Ephrussi qui l’avait acheté 8.000 F parmi un lot d’une quinzaine de yearlings présentés par un certain Edmond Blanc, en provenance du Haras de Jardy. Ce fils de Winkfield’s Pride avait été réformé dans premier temps par Edmond Blanc, mais il va se raviser et le mettre en vente. Il « fait » le top price des ventes de yearlings du mois de juin, malgré un pied bot que son futur entraîneur, James d’Okhuysen fera opérer. Finasseur va enlever le Prix du Jockey Club – de bout en bout –, le Grand Prix de Paris et le Prix du Président de la République, un sacré triptyque. Il entrera comme étalon au haras de Dangu pour une brève carrière, faute à une fracture du paturon.

Flying Fox, Energy, Winkfield’s Pride, Verwood étaient tous des « étalons-maison » stationnés au Haras de Jardy après son acquisition vers 1889. Mais avant cet achat, Edmond Blanc avait débuté vingt ans plus tôt. Ce sera l’objet d’un deuxième volet…

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